Crédit photo MUNIR UZ ZAMAN/AFP
Crédit photo MUNIR UZ ZAMAN/AFP

Un billet pas content. Je sais, ça change.

J’ai envie de pousser un énorme coup de gueule. Contre ce que nous devenons : les acteurs responsables d’une économie qui part en cacahuètes. Quand nous nous habituons à fermer les yeux sur les conditions inhumaines de travail (ou d’esclavagisme? n’ayons pas peur des mots) sous prétexte de nous habiller pas cher et en abondance, j’ai envie de hurler.

J’ai regardé brièvement hier l’émission C dans l’air et j’ai aperçu une jolie femme, l’air à priori pas idiote, bien éduquée, dire : « je sais que c’est pas bien, mais ce qui compte pour moi, c’est le prix ». Elle est honnête, c’est tout en son honneur. Elle pense tout haut ce que beaucoup d’entre nous pensent tout bas. Jusqu’à quand peut-on prétendre que ça ne nous regarde pas? jusqu’à quel point pouvons-nous nous mettre des oeillères et au nom du libéralisme dicatorial, cautionner des horreurs où des gens à priori constitués comme nous, de la même chair, des mêmes besoins de base, peuvent suer pendant 10 h de suite, 6 jours sur 7, et risquer de mourir suffoqués parce qu’on se fiche royalement de leurs conditions de sécurité, et ce pour TRENTE MALHEUREUX EUROS par mois? Au nom de quoi? Je refuse catégoriquement cette vision du libéralisme, extrême, égoïste, esclavagiste, inhumaine, honteuse. J’ai honte du contenu de mes étiquettes. J’ai honte des conditions dans lesquels sont produites mes it-bags, mon it-Tshirt. Si la mode aujourd’hui c’est ça, je n’en veux pas. Sommes-nous devenus insensibles à l’horreur, à la misère? Ne sommes-nous plus capables de compassion et d’éthique? Notre sens des valeurs s’est-il perdu quelque part entre le néo-libéralisme, les fashion-week et la crise économique?

Nous sommes responsables, mais sommes nous coupables? Une fois que nous savons, et que nous fermons les yeux et les oreilles de notre conscience, alors oui nous le sommes. Et pourquoi? Quelles raisons avons-nous de consentir, même tacitement, à de tels sacrifices ?

Il est des guerres pour lesquelles les sacrifices se font et qui malgré toutes leurs horreurs, ont un sens. Elles amènent une moralité à l’histoire. Il s’agissait de combats pour la liberté, la démocratie, l’égalité, contre l’obscurantisme, pour une vérité, une conviction. Alors sommes-nous en guerre? Quel sens à cette guerre pour légitmer de tels sacrifices? Ceux de l’accès pour tous au textile hype et bon marché? Il est là notre combat? Que chaque femme puisse s’offrir décemment 10 T-shirts par mois à prix dérisoire, pour avoir elle aussi son bout de tendance, son bout de rêve ?

Je sais aussi que le boycott ne les aidera pas, que soit-disant ils perdront de précieux revenus qui les empêchent de tomber dans la famine. Que si on n’achète plus chez eux, que si leurs conditions de travail deviennent plus « onéreuses », que les moins scrupuleux, ceux qui aiment aveugler leur conscience humaniste, ceux qui n’ont pas peur de se regarder dans le miroir et d’y voir du sang sur leurs mains, iront exploiter la misère humaine ailleurs. Je sais bien que je n’ai pas le pouvoir de changer le monde. Ni toi. Je peux par contre décider de faire suffisament de bruit pour qu’on arrête les conneries et qu’on puisse mettre de vraies réglementations, un peu partout.

De toutes les guerres que l’humanité a connues, de tous les combats que nous avons mené, de toutes les causes que nous avons défendues, nous sommes dans une des plus viles et malsaines configurations….je déteste l’idée d’y être mêlée.

Maintenant nous savons. J’ai lu dans un très bel article ue la presse féminine n’en parlait quasi pas. Je sais que mon DailyElle l’a fait. J’ai lu que les bloggueuses « fashion » ne l’ont pas fait. Je le fais. J’espère que d’autres le feront.

Ne devenons pas coupables. Cela n’en vaut vraiment pas la peine.

11 commentaires sur « 30 euros par mois ou les nuances de honte. made in bangladesh. ou ailleurs. »

  1. ALORS IL NE FAUT PLUS ACHETER DANS LES BOUTIQUES SOYONS REALISTES QUAND ON VOIT LES PRIX ON SAIT D OU CA VIENTET CE N EST PAS LES STYLISTES QUI DECIDENT MAIS LES ACHETEURS QUI FONT LES PRIX JE PARLE DES ACHETEURS EN GROS ENVOYER PAR LES MARQUES ET QUI DOIVENT SORTIR TEL ARTICLES A TELLE PRIX UNE COLLECTION TOUT LES 15 JOURS LA AUSSI C EST PAS REALISTEET POUR LE CONFORT DES EUROPEENS ILS SONT UNE MULTITUDE A TRAVAILLER POUR 30 EUROS PAR MOIS

    1. Je suis partiellement d’accord avec ton avis. Il faut être réaliste…un T-Shirt à 8 euros n’a probablement pas été produit dans des conditions « fair ». c’est une chaîne un peu complexe où chacun apporte sa pierre.Et oui ils sont une multitude…après les marges sont tout de même colossales !

    2. Je pense pas que les stylistes décident du prix. Il y’a la notion de prix de marché (donc nous) mais aussi les marges qui contribuent à déterminer les salaires, mais aussi les conditions de travail. Merci pour ton commentaire!

    1. Merci à toi Stelda pour cet avis très positif. Oui, c’est juste un cri du coeur, sans prétention. On peut commencer à en parler, à en prendre conscience, et ça fera petit à petit bouger les choses…à bientôt!

  2. Que dire sinon que nous sommes des produits de consommation, des pantins utilisés par le marketing pour engraisser des grosses sociétés, multiplier les bénéfices et ne rien en faire pour améliorer le sort des petites mains…
    On ne peut pas changer le monde, mais juste consommer équitablement à notre niveau. Cela marche aussi pour les fruits d’été récupérés auprès de populations pauvres dans des pays pauvres pour le petit confort des occidentaux, pour qu’ils aient des fruits d’été en plein hiver. Mais au fond, est-ce nous qui fixons nos besoins ? C’est bien le système qui les détermine pour nous, qui crééent ce besoin. Si l’industrie du vêtement se cassait la figure par boycott, les médias accuserait une chute de la croissance, et mon dieu, la précipitation de la population dans un gouffre de guerre civile.

    On est manipulés par tous : les médias, les lobbys, le marketing. Il faut garder la tête froide et tenter de se détacher de tout çà si on veut laisser notre âme intègre. Je ne peux pas relayer ton billet, les restrictions de mon entreprise m’en empêchant, mais bon sang, je le fais avec le coeur et la colère que tu exprimes et qui me parle, dès que je le peux !

    1. Merci Fleur de Menthe!Le boycott ne me paraît pas une solution pertinente à terme, c’est sûr. Par contre je pense que nous ne pouvons pas nous cacher derrière une sorte de manipulation. Nous avons une tête, une instruction, un accès à l’info que nous ne pouvons pas nous permettre de gâcher à fermant les yeux. On peut agir à notre niveau, nous n’avons peut-être pas besoin de tant de choses…a bientot!

  3. Et? tu proposes quoi? S’indigner, c’est très bien…. mais quelle est la solution?
    Acheter un T-shirt fait en France à 100€ quand tu as 3 gamins à habiller avec 1000€/mois, c’est l’idéal en théorie, et en pratique?
    Loin de moi l’idée de cautionner tout ça, mais j’attends ta solution réaliste pour changer les choses.
    Tu oublies aussi de parler des personnes qui fabriquent les tablettes et autres smartphone, dans des conditions tout aussi dures…Mais là, silence radio, parce que l’ipad, c’est sacré; lacher 500€ ne signifie pas que les petites mains qui le fabriquent sont mieux lotties que celles qui fabriquent ton tshirt Mango ou H&M.
    Quant à cette phrase ‘De toutes les guerres que l’humanité a connues, de tous les combats que nous avons mené, de toutes les causes que nous avons défendues, nous sommes dans une des plus viles et malsaines configurations’, je ne crois pas non…ou alors tu as la mémoire bien courte.
    Il manque une conclusion à ton post, ta solution miracle que je m’empresserai d’utiliser si elle pouvait changer les choses; parce que s’indigner derrière un PC made in China, c’est peu.

    1. Bonjour Sophie et merci pour ton commentaire éclairé!
      Comme tu le soulignes, s’indigner, c’est déjà bien, mais c’est juste un début…Je n’ai pas la prétention de faire plus que d’exprimer, je ne suis qu’une simple citoyenne bloggueuse derrière son ordinateur..oui, on ne parle pas de tout. oui beaucoup trop d’enfants travaillent encore pour des biens sommes tous superflus et très bien marketés pour nous le faire oublier. Mais nous savons et faisons comme si…
      Je pense que la prise de conscience est le début de toute chose, il paraît même que c’est la moitié du travail…ce serait bien prétentieux de ma part de proposer une solution miracle. Je ne l’ai pas. si tu l’as, je prends, je pense qu’on est des millions à la prendre.
      Je n’ai pas de solution réaliste, et je n’ai jamais prétendu en avoir. D’autant plus que je ne pense pas que ce soit mon job à moi.
      Mon job, mon devoir en tant que citoyenne, c’est de me poser des questions. Mon job de bloggueuse, c’est d’en parler pour que ceux qui n’en ont pas entendu parler, se posent des questions et élèvent le débat public.
      Bien sûr que c’est modeste.

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