On m’a toujours appris à être une wonderwoman. Ma mère cumulait son job, 4 rugissantes progénitures et un mari qu’elle avait décidé de couver.

Je la voyais pendue au téléphone, jouer les assistantes sociales pendant qu’elle touyait la tajine, nous donnait des instructions un peu à la Louis de Funes dans l’Homme Orchestre, lancer à mon père qui sortait la liste des courses (et qu’il n’ait pas le malheur de mélanger Kasbour* et M3adnouss*)  bref, elle nous gérait comme des employés d’une PME.

Quand ses copines venaient la voir, elle se transformait en une réincarnation en caftan de Dark Vador, c’était Mam Vador mais avec de la sfifa**. Nous étions les esclaves d’une après-midi, servant cornes de gazelles et mini-pizzas (cherchez pas le rapport, y’en a pas). Et à ce moment-là, elle sortait sa baguette magique et nous faisait disparaître ! C’est là qu’elles pouvaient s’épancher, se confier, reprenant leurs esprits entre deux gorgées de thé à la menthe brûlant.

Mais ça, c’était avant.

Aujourd’hui, moi maman, lorsque je veux avoir une discussion avec mes amies, nos vies sont tellement compliquées qu’on s’éparpille entre messagerie FB pour partager les photos des moments intenses (le doux réveil à 6h44 le dimanche matin), whatsapp car il est impossible d’avoir une conversation sans se prendre un lego dans la tronche, Facetime quand on peut, lorsque l’une des frimousses ne vient pas se mettre devant la tienne, interrompant de manière puérile et inattendue la diatribe de ton amie désespérée, sur le téléphone fixe quand il n’a pas été planqué dans la maison de poupée « parce que Leila n’en avait pas, elle, de téléphone dans sa maison ».

Tu vas descendre la poubelle pendant que ta copine te raconte sa soirée de la veille, avec ton oreillette parce que t’es moderne, changer la litière du chat, préparer les repas, consoler le câlin de la grande à qui la petite à déchiré le dessin, crier « non, on ne mange pas les oreilles de sa soeur ! » suivi d’un « ne mets pas la chaussure de ta sœur dans le four voyons ! »  mais tu dois quand même poster la photo Instagram de ton dernier craquage shopping chez Marc by Marc Jacobs, parce que flute, y’a pas que Conchita dans la vie.

Tu vas avoir envie de tout valser, tu vas hésiter entre ton smartphone qui vibre de ces notifications dont le 9/10 sont totalement inutiles, tu vas aussi réaliser que tes enfants n’ont pas vraiment compris le concept de « ton espace vital, mon espace vital ». Alors tu vas décider de t’offrir une soirée à toi, tu vas booker la babysitter via whatsapp, l’aider à trouver son itinéraire via l’appli Stib car évidemment c’est jour de grève, trouver une idée de recette via ton appli marmiton car évidemment le niveau de compétences culinaires d’une babysitter se limite au niveau – 10. Tu vas t’habiller, envoyer par IMessage, Google Mail, messagerie FB tes tenues à tes copines, pendant que tes enfants commentent en live devant le canapé en mangeant des pistaches – en fait, c’est le spectacle « Maman sort ce soir »(et là tu te rends malade en pensant à toutes ces fichues coquilles de pistaches qu’il faudra ramasser). Tu comptabilises les votes de tes copines et file en décollant les bras de tes enfants koalas de tes jambes (ils vont finir par me filer mes collants, ces mômes !)

Pendant la soirée, tu ne perds évidemment pas ton téléphone de tes yeux, tu harcèles la baby-sitter en répétant les mêmes instructions mais en langage sms, demandant des nouvelles toutes les 17 minutes (en te retenant), tu te dis qu’elle va finir par t’envoyer un « je démissionne, garde les toi-même tes sales mioches ». Tu te fais des films chaque fois qu’elle met plus de 1m 38 à répondre et tu repenses à leurs bouclettes et leur sourire, ta cervelle s’affolle et fait des smoothies, tes tripes te disent de te détendre, puis, une âme bien intentionnée te confisque ton téléphone. Et là, tu te détends. Tu profites. Comme tu peux.

Tu rentres, tout s’est bien passé évidemment, tu payes la babysit via ton appli bancontact parce que tu n’as jamais de liquide en maman super-pas-organisée, tu la renvoies chez elle via ton appli Uber, en communiquant à sa maman sa position en temps réel via printscreeen.

Tu t’effondres, commence à vérifier les notifs des photos du dîner que tu as posté, puis tu renonces et t’écroules.

Finalement, la techno et nous, c’est une histoire qui marche. Ou pas.

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*coriandre et persil. cette distinction est d’ordre primordial et a déjà déclenché quelques longs conflits culinaires au sein d’un foyer. Un oeil non-averti sera incapable de faire la différence.

**couture traditionnelle marocaine sur les caftans et jellabas

Un commentaire sur « Techno Mum »

  1. Ouh la la la, je crois que Je n’arriverais jamais à faire la différence entre kasbour et madnouss :))) du coup, au marché, dès que le marchand de salades me demande lequel je veux, je marque une minute d’hésitation (zâama je connais la différence mais je ne sais plus ce que j’ai au frigo) et je réponds: allez, donne moi les deux! mouuuhahahahahaaaa 😉

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