Le choc ce matin : Facebook me notifie les amis qui se sont déclarés « en sécurité ». Effroi. Je me sens comme une abeille en panique, discutant avec mes proches de la bonne mesure à prendre : se rassembler, craindre, s’isoler, se replier, se désolidariser, se solidariser, se manifester? J’entends que des alertes à la bombe commencent à se faire entendre à Bruxelles. Hier à Paris, aujourd’hui à Bruxelles? Sommes-nous censés déserter notre propre ville, avoir peur de vivre notre propre vie? La terreur et la guerre ont violemment frappé à nos portes… Depuis le temps que les plus pessimistes d’entre nous annonçaient l’horrible prophétie….

« J’ai la gueule de bois des émotions, c’est rageant » Ghita

Pourtant, on sait ce qui va arriver. Passée l’émotion des premiers moments, l’effroi solidaire laissera la place à l’indignation, la colère, le dégoût. Le rejet de l’autre probablement. Avant même d’avoir eu une revendication officielle, le web fleurissait de « on a entendu Allah ou Akbar ». Forcément. Triste habitude de lier la barbarie au nom de Celui qu’on dénome pourtant « Le Clément, le Miséricordieux ». ça en devient presque un atroce euphémisme alors que ce devrait être une oxymore…

Vous qui savez, dites-moi. Dites-moi comment on passe d’attaques aux symboles religieux, aux piliers de la liberté puis à la culture et à notre citoyenneté la plus viscérale. Comment pourrions-nous même être autant soit peu solidaires d’une telle barbarie ? Nous sommes citoyens européens, nous avons étudié ici, nous payons nos impôts ici, nous fréquentons ces mêmes lieux culturels, nous sommes tous égaux…même devant l’horreur.

Les blâmes et les tentatives d’explications commencent à tomber. La nature humaine est ainsi faite…il faut bien un coupable, sinon, le conscient panique. C’est la faute aux réfugiés. On entend dire aussi que c’est exactement ce que les réfugiés ont fui. Qu’à Paris, on a vécu 1h dans 24h dans la vie d’autres humains. On commence à dévisager les femmes voilées et les barbus dans l’espace public. Et voila le travail : la haine et le doute s’immiscent dans le cœur des plus fragiles, des plus malléables, des plus faibles.

Ma nausée matinale laisse place à une tristesse incommensurable mêlée à un sentiment d’injustice qui me tord les boyaux : sans attendre la moindre revendication officielle, les coupables idéaux fleurissent dans le conscient collectif. Cela me rappelle les plus sombres périodes de l’histoire….on dévisage, toise, juge et condamne. Nous avons eu la revendication entre-temps, tristement prémonitoire.

Comment identifier le problème? faut-il déjà publier des #notinmyname ou #muslimsagainstbarbary? Mais au nom de quoi suis-je forcément associée à une telle barbarie? Oui, je sais que de malveillants esprits récupèrent une philosophie pour accomplir des desseins politiques et pécuniaires qui me dépassent et que je ne comprendrais jamais. Je pense aussi que nous avons besoin d’une profonde remise en question pour éviter que d’obscurs têtus puissent utiliser en toute impunité une foi pour de meurtriers objectifs. Mais peut-on considérer un seul instant qu’en tant que citoyenne européenne je puisse cautionner celui qui utilise le nom de mon Dieu pour tuer aveuglément les miens? 

Vous qui savez, dites-moi pourquoi moi qui vit au sein d’un communauté belge, européenne, je reçois des messages me demandant ce que pense « ma communauté » de cet acte. Quelle communauté, la communauté humaine? Mon mur fuse de commentaires de solidarité, on y parle d’amour, de donner son sang, de retrouver des victimes, de se rassembler. On prend des nouvelles de notre famille, de nos amis, car nous sommes tous touchés! Fatima, Stéphane, Radouane, Camillia, Jeanne, Samir, Leila, Tewfik, Marianne, Abdelaziz, Nancy, Ihsane, David, Carine, Ismael, Moshé, Naima et de nombreux nombreux d’autres postent sans relâche leur soutien aux victimes et leur indignation collective…

Ma jeune cousine a été témoin de la fusillade du 10ème arrondissement. Je m’entretiens avec elle au téléphone et voici son effroyable récit :

 « Y’avait des corps partout par terre, des couvertures blanches, des cris, dusang, des sirènes, des coups de feu, c’était la folie, la guerre, t’as pas idée…Mon frère m’envoie un texto et me dit de rentrer, et là, quand les flics arrêtent la voiture, je comprends et j’essaye de ne pas paniquer. De ne pas me dire qu’à quelques minutes près, j’y ai passais ». Elle me confie qu’elle sait qu’elle payera deux fois. Elle va devoir vivre avec ce qu’elle a vu et essuyer les regards incriminants de ceux avec qui elle vit. Les siens. Qu’elle aura peur à chaque fois qu’elle passera par là, car Bastille, République « c’est chez moi, j’adore traîner par là ». Je lui ai dit qu’elle avait sa réponse dans sa phrase : C’est chez toi, Imène. Te laisse pas abattre.

Pire que tout, ce drame met en exergue les tensions et les ghettos communautaires dans lesquels nous sommes. La haine et l’ignorance érigent des murs de verre opaques…Ou n’y-a-til pas de pire aveugle que celui qui ne veut voir?

« Ces enfoirés, je ne sais pas qui ils sont, mais il viennent de nous déclarer la guerre. Qu’ils pourrissent en enfer ! »Ajoute Rokya. #tousfrançais

Voyez-par vous même, vous qui croyez savoir. Ne cédons pas à l’amalgame primaire, à la terreur inutile, au jugement facile. Serrons-nous les coudes, aimons-nous les uns les autres. Elle est là, notre démocratie, elles sont là, nos vraies valeurs. Rassemblons-nous dans la dignité et la fraternité. Elle est il n’y’a que cela de vrai. Le plus triste, c’est qu’il faille le démontrer. Mais voici, jugez par vous-même.

Nous sommes tous contre la terreur et l’horreur. En tant que musulmans, certes, mais surtout en tant que citoyens. C’est tout ce qui compte.Ne nous trompons pas d’ennemi….

Je prie pour toi, Paris et pour l’Europe. Pour nous. Je sais que ça ne suffit pas, mais je ne sais pas quoi faire d’autre, je n’ai pas d’idée.

Vous qui savez, dites-moi.

3 commentaires sur « Bruxellois, c’est (vraiment) arrivé près de chez toi ….Musulmans, européens, devons-nous vraiment choisir ? Tous solidaires #Paris #muslimsagainstbarbary »

  1. J’étais à la manifestation après les attentats contre Charlie Hebdo avec ma fille de 6 ans. Je l’amènerai encore cette fois-ci tout en lui expliquant qu’être français c’est avoir adhéré à nos valeurs de liberté, égalité, fraternité et qu’en ces périodes de guerre il faut rajouter la solidarité. Ces quatre mots s’appliquent à tous les français quelque soit la couleur de leur peau ou leur religion puisque en France c’est le droit du sol qui prime et non le droit du sang (contrairement à l’Allemagne).
    Alors non il n’y a pas d’amalgame possible car être français on ne le porte pas sur sa peau mais dans sa tête et c’est pour cela que l’état islamique ne pourra abattre la civilisation européenne ; en tout cas il ne l’a pas abattu hier, il nous a rappelé nos valeurs : tous égaux, tous frères et sœurs.

  2. Très bel article! En effet, c’est la guerre. Ils ont déclaré la guerre à l’humanité, au sacré, à l’Islam.Et pourtant ils n’ont pas la dignité de soldats, ce n’était pas une scène de guerre , c’était une exécution, un abattage. Et c’est de notre responsabilité, nous musulmans de les combattre et de dissiper les doutes concernant notre foi. Ils n’ont pas de religion, ils n’ont pas de cœur comment pourraient-ils avoir la foi?

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