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Dolce Gabbana sort sa ligne de hijab. Des vêtements certes longs et couvrants, mais fleuris, presque vivants, avec une excentricité maîtrisée. Sans arrogance en maintenant son élégance colorée et ethnique. Des vêtements que je pourrais porter moi-même, sans pour autant porter le voile. Une abbaya noire et simple, des matières recherchées et luxueuses, qui permettent de rehausser avec des lunettes fleuries inspirant une dolce vita decomplexée.

Le débat dans nos médias occidentaux font rage. Comment ose la mode se montrer si pragmatique en séduisant une clientèle dépensant plus d’argent en vêtements et chaussures que japonais et italiens réunis? Comment une marque de luxe peut-elle encourager une tendance qui prive, selon nos prismes, les femmes de leur liberté ?

Y’a-t-il une grille de lecture codifiée de ce qui est trendy et ce qui ne l’est pas? Moi-même, trends dictator de mon état, je renonce à me prononcer, sauf envers ceux qui ont la petitesse de le faire à travers une grille de lecture limitée.

Une sorte de burqa de la pensée…

Toutes les femmes sont-elles libres de porter ou de ne pas porter le voile? Non, mais la plupart oui.

Y’a-t-il une femme soumise derrière chaque voile? Non.

Y’a-t-il un diktat sur le degré de couverture de ses formes? Oui.

Autant que certaines se sentent obligées de porter une mini-jupe et un décolleté pour sortir le soir, qu’on décrète que le jeans taille basse est ou n’est pas présent cette saison, d’autres se sentent obligées de porter une abbaya noire pour traverser certains quartiers en toute sécurité. Il ne s’agit pas d’un mode de pensée, mais d’une protection. Doit-on pour autant boycotter les mini-jupes autant que les abbayas?

Je clarifie les choses tout de suite : en tant que Solvaysienne, ma formation en business school m’a épargné la perte d’énergie d’avoir des opinions politiques mais développer des opinions économiques. Ce qui, selon mon patron, revient au même.

Donc je vous entends hurler d’ici : comment ose-t-elle comparer une mode envieuse de liberté à celle qui encourage la privation de liberté? Oui, j’ose ! les idéaux que nous nourrissons ici diffèrent de ceux nourris là-bas. comment alors juger de ce qui est bon pour les gens là-bas alors qu’ici même tellement de choses déconnent? ça me rappelle le cas de Théo Francken qui veut donner des cours de respect des femmes aux migrants alors que chez nous-mêmes, une ministre à l’assemblée nationale se fera encore huer pour sa robe… Ou pire, qu’on continue à accuser les fêlés victimes de viol de l’avoir forcément cherché, quelque part …Au Maroc, une expression dit : le chameau regarde la bosse du dromadaire sans voir qu’il en a deux. 

Lorsque j’ouvre des magazines féminins, je suis de plus en plus consternée à quel point on nous vend du faux rêve dictatorial : « vous êtes un magazine féminin qui explique toute la journée aux femmes comment ne pas être des femmes pour de vrai! » s’est un jour insurgée une lectrice. En quoi ce comportement moralisateur diffère de celui qui juge les bas résilles malvenus parce que certaines femmes faisant commerçant de leurs corps en portent? en quoi complexer une femme parce qu’elle a de la cellulite et l’obliger de manière insidieuse à s’affamer (detox deguisée, je précise) et à s’infliger ensuite des traitements chimiques douteux diffère de ce dont nous parlons aujourd’hui?

Je suis effarée de constater à quel point, moi qui vient d’une époque qui a vu fleurir les converse et les 501, cette génération qui se prévaut d’une liberté dans les codes se met autant de bâtons dans les roues pour installer une opinion sur des trucs qui ne les regardent absolument pas, au fond.

Un statement fermé et condescendant, entretenant ce cliché si binaire du « dangereux » Musulman, de la Musulmane « en péril » et de l’Européen « civilisé ». ça me fatigue, à la longue.

Pourtant, on m’a dit qu’aujourd’hui je peux faire ce qui me plait. Je peux porter une chemise noire sur un pantalon bleu marine sans qu’on m’envoie la color-police. Je peux porter un t-shirt ample sur une jupe longue sans qu’on m’envoie la volume-gendarmerie. Je peux porter du vintage sur du neuf, que je peux porter une robe H&M et un sac Chanel sans qu’on ne m’accuse de luxury-parjure.

Je me définis comme féministe, pourtant. Une féministe qui croit à la liberté et l’égalité. Fais ce que tu veux, du moment que tu me casses pas les oreilles avec. Et que ça ne m’oblige pas à faire comme toi si je n’en ai pas envie.

Or, les réflexions qu’on entend sont très liberticides, indiquent un retour au puritanisme ambiant qui me fait bailler d’avance.

Au même titre qu’on insulte Quick France de répondre à une clientèle de plus en plus nombreuse demanderesse de viande halal, qu’on bash un producteur de sirop de liège ayant fait estampiller le fameux halal afin de favoriser son exportation sur des marchés porteurs, on toise et critique Dolce Gabbana de répondre à une clientèle aux revenus juteux.

DKNY a sorti une collection spéciale Ramadan passée elle, inaperçue. Parce qu’elle n’était pas obviously hijab-friendly?

Il  y’a eu aussi Uniqlo, H&M, et ce n’est que le début (d’accord, d’accord).

Pourtant, on me souffle que le modest fashion est la tendance émergente de 2016 : porter des vêtements plus pudiques, moins bling bling. Si évidemment à ce jeu D & G perdra aisément, il n’en témoigne pas moins d’une tendance des temps durs et pas très rigolos que nous vivons en ce moment.

En bref, la liberté de porter ce que l’on veut ou une grille de lecture trop occidentalisée par rapport au voile et à la mode? 

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