Une alerte sur son téléphone qui semble irréelle. J’étouffe un cri dans la cuisine en servant le petit déjeuner à mes enfants, rien ne sert de les alarmer. Un petit déj avant l’école, avant une journée de réunions ou tout semble parfaitement rodé, comme si tous les jours pouvaient se ressembler alors que tout peut partir en fumée du jour au lendemain.
  
Encore dans les nuages, je dépose mes enfants à l’école et part travailler, sans réaliser encore ce qui se passe. Arrivés au bureau, les sirènes retentissant sur la route, les managers qui passent décompter les collègues, les premiers qui mentionnent avoir un proche sur place, la recherche de ceux qu’on connaît, petit à petit l’horreur prend forme…Puis il y’a nos proches qui sont sortis du métro quelques minutes avant, ceux qui prenaient l’avion un peu avant, un peu après…Un affreux sentiment d’échapper au destin comme dans un scénario de film pourtant déjà vu, déjà entendu partout dans le monde…à nos portes. L’idée de devenir peut être un moins égoïste, un peu moins conditionnés par le ratio morts/km…parce qu’affreusement quotidien ailleurs. 

Puis, les nouvelles se précisent. « on a entendu quelque chose en arabe puis une explosion ». C’est reparti…comment associer dans l’inconscient collectif l’arabe à la terreur, au sang, aux larmes…sans considérer que nous sommes tous égaux devant la barbarie, qu’il n’y a même pas lieu de dire « j’ai des amis arabes et ils ne sont pas comme ça »…normal, tu as des amis humains, les humains ne sont pas câblés pour tuer sans discernement, pour faire mal, pour faire peur, les animaux encore moins…ils tuent pour se nourrir, pas pour semer la terreur comme de mauvaises graines dans le cœur des hommes. Bande d’enfoirés, hideux cafards, affreux connards sanguinolents, chacals ignares !!
Prier les victimes, remercier Dieu d’avoir épargné les nôtres, Le distinguer de cette lutte atroce que mène des sauvages, un procès pour diffamation idéologique et barbare.

Ne pas paniquer, mais appeler ses proches l’un après l’autre. Remercier Facebook et son safety check. Envoyer le même message « Safe » à tous les contacts. Ne pas paniquer. Appeler l’école. Ne pas aller les chercher pour ne pas installer la panique. Préparer une réunion pour se changer les idées. Renvoyer le même message à ceux qu’on a oublié dans la première tournée. Ne pas arriver à se concentrer. Avoir envie de faire la paix avec tous ceux avec qui on s’est brouillés, peu importe pourquoi et comment. Cela semble si dérisoire à présent….Essayer de travailler quand même, la vie doit continuer…les mais’ tremblent, le cœur palpite, mais ne pas céder à la panique …penser à ce qu’on va dire à nos enfants, à la façon avec laquelle nous leur expliquerons que ceux qui ont fait ça, même s’ils parlent arabe, ne sont pas comme nous. Essayer d’appeler encore, les lignes sont surchargés. Trouver des arguments pour les aider à faire face en classe aux autres qui leur demanderont s’ils ont des tueurs dans leur famille. Prier, les rassurer. Faire des slides. The show must go on. Se demander à quoi bon. Appeler un proche pour s’entendre, juste s’entendre et se dire qu’on s’aime, au cas où on n’aurait plus l’occasion de le faire. Ressentir une énorme gueule de bois collective. Plier le ventre comme si on recevait des coups de poings. Lire les infos, puis fermer la fenêtre du navigateur, penser à ses enfants et entamer une réunion, tout en s’épanchant. Faire des câlins à ses collègues. Se demander égoïstement comment les agendas de nos lendemains seront impactés. Penser à tous ceux à qui on a pas parlé depuis trop longtemps. Essayer de se demander comment on en est arrivés là, bordel de merde. Pleurer sa ville touchée en plein cœur. Ne pas trouver de solution, puis se demander ce qu’on peut faire. Donner du sang, poster des photos sur FB, organiser un think thank, envisager la suite : qui va nous attaquer, une fois que l’émotion sera retombée, comment on va réagir alors qu’on prie tous les mêmes victimes, alors qu’on est tous touchés. Se demander s’il faut organiser un soulèvement communautaire ou non. 

Penser qu’on veut juste fermer son ordinateur, récupérer ses enfants et rentrer se retrouver avec ceux qu’on aime. 

 Se préparer à vivre un autre jour.

#inchallah 
   

Force et courage, l’amour est notre seule lumière…pour le moment 

 

Un commentaire sur « Ondes de choc bruxelloises  »

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