« on ne peut pas dire la vérité à la télé. y’a trop de monde qui regarde » Coluche.

Les starification n’a pas attendu la télé pour exister, on a toujours eu besoin de personnes à admirer; c’est la pyramide des besoins de Maslow. Je suis peut-être publicitaire, mais je n’invente pas tout ! Qu’est ce qui attire, qu’est ce qui fait qu’on admire ? Le pouvoir, la beauté, le charisme, les paillettes, tout ce qui brille, comme on dit. De tous temps il a existé des personnes dont le magnétisme était tel qu’on ne pouvait faire autrement que les imiter, de répéter leurs faits et gestes.

maslows-hierarchy-of-needs-2015-theflyingtortoise

Les médias de masse, et à l’époque la TV, ont accentué ce phénomène en permettant de toucher un maximum de monde à la fois. Petit à petit, en fournissant informations et divertissements, la télévision est devenue un référent, une sorte d’autorité en matière de goût, de mode de vie.  Ce qui signifie qu’elle n’a pas vraiment acheté son autorité, comme tout le reste, la télé l’a acquis, même si quand on regarde certains contenus, on pense à des mystères de l’univers qu’on ne pourra pas résoudre, un peu comme le triangles des bermudes.

La télévision a toujours été plus “contagieuse” en termes de tendances que les autres médias pour la simple raison que la vue reste le sens le plus sensible chez l’humain. Si on était des chats, on serait plus sensibles à l’ouïe et donc nos influenceurs seraient les animateurs radios? le mystère restera entier. Oui, encore un.

C’est donc ainsi que de nombreuses figures/stars de la télé deviennent à côté de leur métier, des ambassadeurs pour des marques de vêtements, mais pas que.

Que celui qui ne s’est jamais demandé de quelle marque venait la veste d’Hakima Darmouch ou la cravate de David Pujadas, voire, voire, les chemises de Jean-Jacques Delleuw me jette le même robot ménager que dans Le meilleur Pâtissier. ça peut faire mal.

Jusque là, tout va bien. Là où ça se corse, c’est quand vous voyez à la télé influence jusqu’à votre mode de vie et la vision des rôles sociaux. Par exemple, prenez le rôle de la femme dans les films (la représentation de la femme dans le cinéma n’a pas changé depuis 50 ans, imaginez) ou, par exemple l’arabe, dans 24h chrono. Un jour de gastro, j’ai regardé 24h chrono pendant vraiment 24h, j’ai développé une paranoïa à la vue de mes photos de famille, c’est vous dire. Mais ça, promis, on en parle lors d’un prochain sujet. Pour votre information, c’est un phénomène de plus en plus courant, la boulimie de série. Il existe même certains concours de consommation obscène de série, ce qu’on appelle le binge watching. Vous avez peut-être connu le binge drinking, vous avez sa version moins dangereuse et moins chère.

binge-watching

C’est d’ailleurs partant du postulat de l’inadaptée représentation des femmes qu’un jour on a connu le phénomène : “ Desperate Housewives”.

Cette série a parlé à toute une génération de femmes, il parlait à toutes les femmes en nous. Je veux dire, il y’avait en nous un peu de Bree Van de Kamp (je vous laisse deviner entre la psycho-rigide, l’alcoolo, la nympho et la meurtrière je suis), de Lynette, Suzanne, Gabrielle, etc. Regardez bien leur façon de vivre, les vêtements qu’elles portaient, la façon dont elles s’alimentaient : On a toutes eu envie de s’habiller parfois comme Gabrielle, d’avoir la cuisine de Bree, etc. Pourquoi? Les séries, davantage que les films, créent l’attachement aux personnages, qui sont toujours nuancés. Ils ne sont ni bons, ni mauvais, on développe une certaine empathie pour eux, même. En fait, mieux : on s’y attache parce qu’on s’y identifie.

la délinéarisation de la consommation de la TV : « Comment notre rapport à la télé a-t-il évolué ces dernières années? regardons-nous différemment la télé? »

Je n’ai vraiment pas envie de commencer par “les nouvelles technologies ont révolutionné nos modes de consommation” parce que ça fait 15 ans qu’on vous le sert, qu’à mon avis vous avez compris et que finalement, plus les choses changent, moins elles changent. Ce qui change en revanche, c’est le temps et le contenu disponible. Ce qui veut dire que j’ai peut-être le même temps disponible, mais que je dois le répartir entre plus de sources de contenu. Un peu comme le pouvoir d’achat. Ce n’est pas qu’on a tellement moins de sous, c’est surtout qu’un salaire moyen achète un Iphone et demi, donc ça réduit forcément l’assiette disponible. Mais ça encore, c’est un autre débat.

Donc, le rapport à la consommation télévisuelle a changé dans la mesure où j’ai envie de choisir le contenu que je regarde quand ça me chante et pas quand le réal et le directeur des programmes a décidé de les proposer. C’est comme le jour du réveillon : ce n’est pas parce que c’est le 31 décembre que je suis forcément de bonne humeur, si ça se trouve, j’ai juste envie de faire la fête le 1 janvier, mais pas de bol, tout le monde décuve. Donc le replay fonctionne en masse, et surtout, moi, consommateur, audience, j’ai le pouvoir. J’ai envie de pouvoir vous dire ce que j’en pense, moi, de votre programme, voire même, que vous le disiez devant tout le monde, c’est ça, à la télé, tout à fait. J’ai envie d’interagir avec vos produits et vos personnages. C’est la naissance de la télé interactive. D’ailleurs, mes enfants disent qu’ils regardent la télé, peu importe si c’est leur émission télé préférée retrouvée sur Youtube et vue sur l’écran TV via l’Apple TV ou si c’est directement via la chaîne du décodeur.

C’est un peu comme ça que tout le monde peut s’approprier un contenu sans forcément avoir été devant la télé, cf le fameux :

Ou même le fait que Cristina dépose sont fameux “Magnifaik” qu’elle a d’ailleurs déposé : http://www.huffingtonpost.fr/2013/11/15/cristina-cordula-depose-les-marques-ma-cherie-et-magnifaik/

Vous suivez? Ce qui est vu à la télé est toujours aussi relevant, c’est juste qu’il ne faut pas forcément être devant pour y être sensible. Il faut juste que le contenu qu’il faut soit proposé où et quand il le faut.

Et donc, pour la pub, le nerf de la guerre, ça se passe comment? Puisque sur TV, on peut faire pause et avancer, puisque Adblocker a été téléchargé 300 millions de fois dans le monde, puisque tout le monde se braque mais qu’en plus, c’est tout de même ce qui permet de financer la télé ?

L’inventivité. Le modèle économique change et donc on doit amener la pub autrement.

Imaginons que vous regardez la série  “Suits”.

spott-in-situ-suits-02

ou ces fameux avocats qui facturent 1000 dollars de l’heure parce qu’ils sont et beaux et malins et puissants. On a dit que c’était de la télé, n’est ce pas. Le costume d’Harvey Specter est dingue, non? Et les chaussures de Jessica, big boss, sont des Louboutin. Tous les initiés le savent et d’ailleurs la marque de chaussures à semelles rouges s’est débrouillée pour s’insérer dans toutes les séries pour chausser les femmes de pouvoir. C’est joli, c’est du contenu, c’est inspirant. Si on poussait plus loin? Genre, shopper ce look? Oui, des fois qu’on voudrait avoir le même statut que lui, ne fusse que pendant une réunion. Facile : on télécharge l’appli Spott, une start up belge qui a développé un partenariat avec Rtl Tvi et Medialaan, on la lance et on reçoit sur son téléphone tous les looks de sa série préférée.

C’est ce juste la version 4.0 du “vu à la télé”, en fait, qui surfe sur une tendance essentielle : le multi-écran. De plus en plus de gens regardent la télé mais sont sur leurs téléphones et tablettes en même temps. Les achats en ligne se font d’ailleurs de plus en plus sur smartphone et tablettes, quitte à le faire en magasin. L’idée, c’est donc de fusionner les deux modes de consommation de médias. Comme je l’ai dit, plus ça change, plus ça reste pareil. 

le croisement du social shopping et le pouvoir d’influence de la TV : Comment se passent réellement les influences et les recommandations pour nos achats entre la télé et les réseaux sociaux?

Capture d’écran 2016-11-25 à 11.18.34.png

En réalité, la seule chose qui change, c’est la masse d’informations disponibles. Avec seulement la télé, difficile d’évaluer vraiment qui regarde les programmes à part l’estimation grossière des années 50 ans “La ménagère de moins de 50 ans” qui n’existe en réalité que dans l’inconscient de Donald Trump.

Avec ce qu’on appelle “le big data”, on peut tout savoir sur tout le monde, ce qui doit être un des autres fantasmes secrets de Donald Trump. Donc, on peut pousser l’interactivité jusqu’à l’extrême. En réalité, les internautes sont demandeurs : ils veulent même bien recevoir du contenu publicitaire sous réserve que ça leur soit personnalisé. Donc, pas la peine d’envoyer une alerte sur une promotion sur de la viande si j’ai tapé le mot vegan sur google juste avant.

Imaginez donc le mix avec la consommation TV : puisqu’on regarde la télé en même temps qu’on surfe sur internet, si je reçois une alerte sur le dernier relooking de Cristina Cordula avec les partenaires shopping, je peux me faire plaisir en considérant que Cristina a toujours raison quand il s’agit de style et de goût.

D’ailleurs, elle-même a clashé via Twitter Justin Bieber sur ses chaussettes roses à rayures qu’il portait lors d’un show télévisé américain retrouvé sur Youtube, ce qui lui a valu le courroux des fans de Justin Bieber pour qui il est vraiment devenu une icône de style. Vous saisissez le circuit de l’information?

bieber

Ce qui m’amène à ce point : comment passe-t-on de l’adolescent boutonneux à une égérie pour Calvin Klein exhibant fièrement ses pecs d’éphèbe? Le style et l’identification du style, ce qui l’a poussé, pas folle la guêpe, pas bête l’éphèbe, à développer sa propre ligne de vêtements, une griffe vendue jusqu’à 1675 dollars la veste en cuir chez Barney. Certaines choses n’ont pas de prix, mais pour tout le reste, il y’a Mastercard.

Vous avez donc également compris, via cette anecdote, qu’il y’a des communautés qui se créent autour des figures de style. Le besoin d’appartenance à une communauté étant toujours dans la pyramide des besoins, la communauté Bieber (oui, ça me fait bizarre de le dire), s’identifie et adopte les codes qu’il édicte via le mode de vie vestimentaire. La tendance clé : le social shopping. Vous qui nous écoutez, n’avez vous jamais demandé les conseils de vos proches avant de faire vos achats? Sauf que vos proches deviennent tous ceux qui sont sur les réseaux sociaux, ils approuvent (besoin d’appartenance, de reconnaissance, toussa) et recommandent vos choix. D’ailleurs Google a commandité une étude avec Nielsen qui explique qu’aujourd’hui les nouveaux ambassadeurs pour les produits sont toujours dans le bouche à oreille et que les influenceurs Youtube ont dépassé ceux de la TV. Donc on achète ce que notre entourage social recommande, d’autant plus que selon les estimations des spécialistes, l’année 2017 sera charnière : le Français passera plus de temps sur internet (4h) que devant la télé (3h51), ce qui ne veut pas dire qu’il consommera moins de télé, parce que même avec les 35h (sauf si Fillon est élu), personne n’a 7h51 de loisirs par jour.

capture-decran-2016-11-25-a-11-15-35

C’est ainsi que toute une génération de Gossip Girl a vu le jour, de tests et de look en ligne pour savoir si les filles étaient plus Serena Vanderwoodsen ou Blair Waldorf via leurs looks, via des votes en ligne et des hashtags. C’est d’ailleurs ainsi que la plupart des marques ont décidé d’installer leurs territoires visuels : H&M est la première marque la plus présente, et en termes de luxe, c’est Chanel qui est la plus citée tous médias confondus.

Donc, si je résume, puisque la télévision influence nos choix de consommation et que notre mode de consommation est personnalisé et interactif via les données sur internet, on peut acheter tout de suite ce qu’on voit à la télé et s’approprier le contenu pour le fédérer avec d’autres gens qui regardent.

CQFD.

tu veux écouter ce que je viens d’écrire ? c’est par ici :

http://www.rtl.be/belrtl/video/605285.aspx

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s