Comme nous sommes une grande famille, j’ai eu envie de partager avec vous un grand moment : vendredi, j’ai été voir mon premier opéra. je sais ce que vous allez me dire, c’est pointu, élitiste, toussa. Du coup, j’ai eu envie de vous prouver le contraire et de me pencher sur ce que cet art apporte à notre cinéma et par là, notre culture populaire.

http://www.rtl.be/belrtl/video/620813.aspx

http://www.rtl.be/videobelrtl/page/rtl-video-en-embed/640.aspx?VideoID=620813Quand l’opéra fait son cinéma

 

Capture d’écran 2017-03-21 à 15.51.22.png

J’ai été voir Foxie, qui se joue au Théâtre de la Monnaie, un opéra extrait d’un conte tchèque et mis en scène par notre Christophe Coppens, styliste belge réputé à NY et qui a décidé de troquer ses cliques contre les claques de la mise en scène d’un opéra. Je m’attendais d’abord à ne rien comprendre (et pour cause, c’est en tchèque), à m’endormir sur mon fauteuil parce que ça durerait 4h54 minutes, et surtout, comme dans tous les films où on regarde l’opéra, à pleurer, comme Pretty Woman. Et en fait…je n’étais pas loin (mais ça ne dure que 2h). Sauf que, j’ai adoré. L’histoire raconte la rébellion d’une renarde qui était trop rusée pour être apprivoisée, presque un petit prince façon mélodramatique, sauf qu’elle tombe amoureuse d’une autre renarde et qu’il y’a toute une bande de jeunes qui les soutiennent, et surtout, qu’elle lutte contre le système établi. Une sorte d’opéra 4.0, moderne et bouleversant, aux costumes super actuels mais des voix et des musiques qui vous emmènent dans un autre monde. Et donc, je me suis dit, quelque part, c’est ça, l’essence de l’opéra : du lyrique, du rêve, des messages clés. Le but n’est pas de comprendre, mais de ressentir. Le genre justement où nous pourrions emmener nos enfants, parce eux justement, ne réfléchissent pas, mais vivent les choses.

Des apports d’opéra régulièrement dans le cinéma

Je pense que l’opéra amène une dimension presque mystique dans l’inconscient culturel populaire. Malgré tout ce qu’on a essayé d’en faire récemment pour le dés-aristocratiser, il reste ancré comme une voix élitiste et surtout, magique. Ce qui est curieux, c’est que tout un chacun a, de près de ou loin, été exposé à l’opéra. Que ce soit via la pub ou des airs connus font des signatures de marque :

  • la pizza de Dr. Oetker, la donna è mobile

https://www.youtube.com/watch?time_continue=12&v=l6p1TuIMnX0)

  • ou encore la Flûte enchantée de Mozart pour la Rav 4

https://www.youtube.com/watch?time_continue=20&v=qkimNFc40-I

Mais même là, ces airs ont été utilisés pour rappeler ce que tout le monde connait déjà. Dans la pub, on prend peu de risques, on capte surtout l’émotionnel des gens pour garder le lien.

Apports de l’opéra au cinéma : des points communs?

Parfois, mais pas toujours. Parfois, on humanise un méchant en montrant qu’il a une fibre sensible, un truc indescriptible et quelque part, nuancer l’idée d’un sans coeur et nous amener à penser la psychologie du personnage autrement. Dans Hannibal, la Liste de Schindler, Interview avec un vampire. C’est ce qui fait d’ailleurs pousser des grands cris aux puristes d’opéra. Plus décalé, Omar Sy qui pique un fou rire indescriptible et malvenu dans Intouchables, loin du cliché du mec des rues qui finit quand même par kiffer l’opéra. Yo Yo, wech wech, toussa.

https://www.youtube.com/watch?v=H_84jrxRa6

L’opéra ne permet-il pas un décor finalement, plus qu’une émotion?

Le cinéma et l’opéra ont bien des points communs. si l’on va du côté de Venise et Hambourg, à l’origine, c’était justement pour faire rêver les foules, les salves d’applaudissement permettant au public de s’exprimer sur ce qu’ils voyaient et ressentaient. C’est en France qu’on a soufflé cet esprit aristocratique. Donc oui, l’opéra est un cadre de cinéma, et d’ailleurs ça coûte tout autant ! Certains films ont donc exploité ce potentiel, parfois avec brio : les meilleurs du genre sont Mission Impossible 5 et Le Parrain 3. Dans Mission Impossible 5, une scène de 15 minutes est tournée à l’opéra de Vienne ou on voit Tom Cruise se débattre dans les fonds du cinéma pour survivre, ce qui donne une scène de bagarre sanglante pendant que joue l’un des airs les plus transportants de Puccini.

http://indavideo.hu/video/Mission_Impossible_-_Rogue_Nation_-_Opera_Fight_Scene_720p

C’est d’ailleurs très intéressant cette projection de lyrique dans un univers super masculin et pas très poétique.

Plus long encore…

Oui! 45 minutes de la scène finale du Parrain 3 sur fond de Cavalleria Rusticana, où l’on sait que le dénouement de la plus célèbre famille sicilienne sera sans appel, justement jouée quelque part entre un Shakespeare et une tragédie grecque : vous voyez le lien? On y vit la fin de la famille, mais aussi l’histoire d’amour impossible entre Vincent Mancini et Mary (neveu et fille de Don Corleone)Sofia Coppola et Andy Garcia, qui sont, rappelons-le, cousins au premier degré.

https://www.youtube.com/watch?time_continue=360&v=hY6BnF7xqVI

L’opéra amène ici cette mise en abîme, la Cavaleria Rusticana, une histoire violente d’honneur et de vengeance dans la Sicile médiévale. Le film a d’ailleurs donné toutes ses lettres de noblesse à cet opéra qui était peu connu internationalement.

Le même genre de mise en abyme qu’on retrouve dans Pretty Woman sur la Traviata de Verdi, qui raconte l’histoire d’une prostituée qui tombe amoureuse d’un homme fortuné. La scène devait initialement se tourner à l’intérieur de l’opéra de San Francisco. Mais un fâcheux contretemps – le tremblement de terre du 17 octobre 1989 …- a contraint l’équipe à se rabattre sur un plateau des studios Disney.

https://www.youtube.com/watch?v=jqOLfw54t-U

Conclusion, opéra et cinéma, une mix harmonieux ?

Quand c’est bien fait, oui, absolument. Comme le disait Richard Gere dans Pretty Woman, soit on aime, soit on déteste, mais dans le cadre d’un film, ça amène une dimension dont on aimerait pas se passer, que ce soit réussi ou non – verser dans le purisme ne fait pas avener le débat. Ce qui compte, c’est que ces deux arts qui finalement ont des vocations et des moyens similaires, s’empruntent des codes pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Même Louis de Funès a réussi à être drôle et profond en jouant l’opéra. Je trouve que ça va plutôt bien dans le sens de la démocratisation et l’ouverture de l’opéra avec des programmations modernes et des tarifs à tiroirs. Opéra, qui est, rappelons-le, une institution subventionnée par le service public. – saviez-vous par exemple qu’on pouvait aller à l’opéra pour 10 euros quand on est étudiant ? C’est moins cher qu’aller au cinéma ! A bon entendeur…:-)

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